Annonce : un plafond peint à acquérir, maison des consuls, Saint-Pons de Mauchiens

La maison dite des consuls abrite l’un des très beaux exemples de plafonds peints médiévaux.

Le village de Saint-Pons de Mauchiens s’est installé au sommet d’un « puech », qui domine la moyenne vallée de l’Hérault. Le sommet en est occupé par une église, attestée dès la fin du Xe siècle (l’édifice actuel remonte au XIIe siècle). À ses côtés, un bouquet de pins occupe l’espace de l’ancien château, disparu après la Révolution. Les maisons du village s’ordonnent selon un plan concentrique et ces couronnes bâties s’étagent jusqu’au bas de la colline. À mi-hauteur subsiste une première ligne de remparts. Selon une situation assez classique dans la région, que l’on retrouve à Gabian ou à Puissalicon par exemple, la maison « des consuls » s’appuie sur les remparts et les traces de l’ancien chemin de ronde se voient encore au dernier étage de la maison. Aujourd’hui nombre de maisons qui composaient la couronne à laquelle appartient la maison « des consuls », ont disparu et les jardins en ont pris la place.

Dès la fin du Xe siècle, le « castrum » de Saint-Pons appartient à la vicomté de Béziers, à ses marges, toutes proches de la zone d’influence des seigneurs de Montpellier. Saint-Pons est dans le diocèse d’Agde, à ses marges septentrionales. La grande abbaye cistercienne de Valmagne n’est pas loin. Dans cette moyenne vallée de l’Hérault, à partir du XIIIe siècle, la puissance du roi de France est très présente. Dans ce pays à la riche agriculture, les bourgades s’échelonnent tout au long de l’Hérault.  Pézenas et Montagnac se développent au XIVe et XVe siècle et leurs foires, échelonnées tout au long de l’année, sont des pôles très prospères du commerce international des draps.

Le bâtiment

Il ne subsiste aujourd’hui qu’une partie de l’ancienne demeure : la salle d’apparat et la tour qu’elle flanque. Une autre aile, disparue, s’élevait de l’autre côté de la tour, en position symétrique de la salle d’apparat. Celle-ci, bâtie au-dessus de salles voutées datant sans doute du XIIIe siècle, est légèrement au-dessus du niveau de la rue actuelle. Sa façade austère, de très bel appareil, est couronnée d’un second étage sous comble. La souche de cheminée, datable du XIVe siècle, a été rapprochée d’un modèle de Villeneuve-lès-Avignon.
S’il fut très récemment restauré, le bâtiment ne fut pratiquement pas modifié au cours de la période « classique ». Cette authenticité médiévale fait partie des arguments avancés dans le dossier de protection du 13 janvier 1978.  D’emblée la qualité remarquable du plafond peint qui couvre la salle d’apparat est identifiée : le plafond est classé.

Structure et ornements de la charpente

Porté par quatre poutres, le plafond est du type plafond à faux caissons, type très rare en Languedoc, qui le rapproche de plafonds avignonnais et rhodaniens. Chacune des cinq travées est divisée en deux caissons. Dans chaque travée, cinq solives, parallèles aux poutres principales, reposent sur les muraillères. Entre les solives, ce sont donc 120 closoirs peints que compte le plafond. Tout autour de la salle d’apparat, court une planche festonnée, selon un dispositif qui a disparu de la plupart des autres plafonds peints contemporains. Des consoles moulurées et sculptées portent les poutres. Des moulures hautes et basse complètent le raffinement de cette charpente.

Le décor

Bien qu’il soit encore pour une large part caché sous de la suie, le décor laisse deviner un raffinement au moins égal. La rigueur de son ordonnancement est exceptionnelle : alternent sans erreur les closoirs héraldiques et ceux qui portent des saynètes. Dans un même caisson, la disposition thématique est tout aussi stricte : héraldique et saynètes se font face. Comme dans tout plafond peint de cette époque, les planches ne portent aucun décor ; en revanche, fleurs, rubans, pyramides à degrés sont figurés à profusion sur les cimaises et les moulures.

Le décor des closoirs

Le décor n’est pas tout à fait complet, certains closoirs ayant disparu. Même si le plafond n’a pas été restauré, pas même nettoyé, les closoirs ont certainement été déposés et reposés. Pour autant qu’on puisse en juger actuellement, les emplacements semblent avoir été assez rigoureusement conservés. La polychromie ne s’aperçoit vraiment que sur l’unique closoir où un test de nettoyage a été fait en 1995 : elle est somptueuse, comme il en va des plafonds contemporains. Sous la suie, et sur l’unique closoir restauré, se devine un graphisme d’une vigueur et d’une finesse rares. Chaque saynète semble composée dans un paysage figuré par deux arbres plantés au bord du closoir, selon un modèle plus avignonnais que languedocien. Les thématiques en sont encore obscures : peut-être les travaux des champs et le monde à l’envers.

L’héraldique, si présente, réservera probablement quelques surprises. Ici aussi, dans le quadrilobe qui entoure les armes, se confirme le style avignonnais. On identifie déjà les armes de plusieurs grands personnages de l’Église, armes que couvrent chapeau de cardinal et mitre épiscopale, notamment celles de Guy de Malesec et celles d’un membre de la famille Hélye de Pompadour. D’autres sont à découvrir sous la suie. On s’étonne de l’absence des armes royales ; pas plus celles des princes de sang ou d’autres souverains. Nous ne sommes certainement pas dans la maison du consulat. Une présence domine toutes les autres, représentée dans chaque caisson, une vingtaine de fois au total : d’azur au sautoir d’argent, donc un membre de la famille de Montagnac. Nul doute qu’il s’agit du commanditaire du plafond. Ces premiers indices, joints ensemble, semblent renvoyer à la fin du schisme, sans doute aux premières années du XVe siècle. Pourra-t-on tenter, à la lumière de quelques éléments nouveaux, le rapprocher d’évènements plus précis ? En tous cas, le plafond de Saint-Pons de Mauchiens a le lustre de la cour pontificale.

Cette splendeur est à vendre à Pézenas à l’agence Saint-André immobilier.

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