Compte-rendu : conférence de Frédéric Mazeran, Les plafonds peints médiévaux de l’Hérault, Carcassonne, 14 mars 2026

Le 14 mars dernier, à la demande de l’association d’études du catharisme René Nelli (AEC), Frédéric Mazeran, architecte du patrimoine, a présenté à Carcassonne, devant une soixantaine de personnes, une conférence consacrée aux plafonds peints médiévaux de l’Hérault, encore si mal connu du public. S’appuyant sur une présentation d’un Power Point que les photos des closoirs firent haut en couleurs, il donna aussi au public, à partir de quelques schémas, les rudiments techniques indispensables à la compréhension des structures de ces charpentes. Membre très actif de l’association internationale de recherches sur les charpentes et plafonds peints médiévaux (RCPPM) , il a pu montrer aux adhérents de l’ACE les diverses facettes d’activité de la RCPPM, recherches et études, valorisation, découvertes récentes, veille patrimoniale aussi large que possible pour éviter que ces plafonds inconnus et non identifiés ne soient détruits lors de restaurations intempestives ou de curetages brutaux des  centres anciens des villes et des villages.

Frédéric Mazeran a d’abord présenté les églises paroissiales et les charpentes peintes qui couvrent leurs nefs. S’il en existe près de Carcassonne,  elles caractérisent aussi la vallée de l’Hérault qui a reconstruit pour les agrandir rapidement les anciennes églises paroissiales romanes, Saint-Pons de Mauchiens , Florensac, Bessan,  Sérignan :  construction rapide en un temps d’intense croissance démographique, aux environs de 1300, moins coûteuse que les voutes en pierres et joyeusement colorées grâce à leurs décors peints. 

Il a ensuite fait découvrir les édifices domestiques, châteaux épiscopaux, demeures d’officiers royaux qui rendent la justice, hôtels de l’élite urbaine aristocratique et marchande, construits entre le milieu du XIIIe siècle et la fin du XVe. La plupart n’est pas accessible au public, hormis le château de Capestang et la galerie aux images du château de Puisserguier. Il en a montré les techniques picturales, rapides, spécifiques au format des closoirs, mais aussi les thématiques essentielles : l’héraldique, la forte présence des animaux, notamment de la chasse et des chiens, les visages  et quelques  scènes truculentes parfois énigmatiques.

L’actuel département de l’Hérault, de Montpellier jusqu’en Minervois, en passant par Saint-Pons de Mauchiens, Montagnac ou Pézenas, est particulièrement riche en plafonds peints médiévaux. À regret, Frédéric Mazeran a dû faire des choix. Se concentrant sur le Biterrois, et que quelques uns des exemples les plus remarquables, il a suivi l’évolution des décors en partant du très « mudejar » hôtel Guibal à Béziers, pour  accorder son attention à l’exceptionnel ensemble dit de la notairie à Béziers dont la restauration commence. Le public carcassonnais a ensuite eu la chance de voir les photos du plafond de l’Avescat de Gabian, qui appartint aux évêques de Béziers : ce plafond très raffiné, aux admirables engoulants, datant du milieu du XVe siècle, est en grand danger.  Frédéric Mazeran a également longuement présenté son contemporain capestanais commandité par l’archevêque Jean d’Harcourt, et  l’extrême diversité de ses 150 closoirs. Dans cette varietas toute médiévale, la fameuse poutre des danseurs énonce le discours moralisateur du danger que font courir des plaisirs trop mondains, en même temps qu’elle fait rire du soufflacul ou du moine lippu aussi fureteur que médisant.

Frédéric Mazeran a aussi présenté le splendide plafond de la maison du viguier à Puisserguier, un miraculé.  Il y a une quinzaine d’années, le maire du village avait condamné à la destruction une minable maison abandonnée sur place de l’église, lorsque, y reconnaissant sous des badigeons et malgré les dégâts des eaux, un plafond médiéval, il décida aussitôt de stopper le chantier. Les closoirs, rapidement protégés par les Monuments historiques, restaurés, se sont révélés d’une qualité stupéfiante.

Frédéric Mazeran acheva sa conférence en présentant quelques découvertes récentes liées à l’activité de veille de la RCPPM et, en suggérant au public d’y participer. Peut-être l’un d’entre eux sera-t-il à l’origine d’une nouvelle trouvaille.

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